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Prof. Stoica Mioara-Ramona

Liceul Tehnologic „Constantin Dobrescu” Curtea de Argeş

  Définition de la traduction

„Mais l’emploi littéraire des mots consiste précisément à restituer, à l’encontre de l’usage qui les fige, « le jeu des possibilités interprétatives résidant dans le tout de l’énonciation ». C’est pourquoi le sens des mots doit être chaque fois « deviné » sans que jamais on puisse faire fond sur une stabilité acquise. L’expérience de la traduction va dans le même sens : elle montre que la phrase n’est pas une mosaïque, mais un organisme ; traduire, c’est inventer une constellation identique où chaque mot reçoit l’appui de tous les autres et, de proche en proche, tire bénéfice de la familiarité avec la langue entière[1]”. 

     Lorsqu’on traduit des textes techniques, on doit chercher une solution univoque. On constatera une certaine autonomie des mots, une certaine stabilité des sens, et la traduction devra non pas les « deviner », ni les « inventer », mais les identifier conformément aux définitions et aux usages les plus stables.

      Au contraire, en traduisant des textes poétiques, on doit maintenir une certaine « instabilité » des sens et, en même temps, on doit dépasser le préjugé qu’ils ont été fixés pour toujours. Le travail du traducteur signifie option créatrice, choix, invention.  

     La réflexion sur la traduction a été caractérisée pendant plusieurs siècles et, dans une certaine mesure encore aujourd’hui, par des oppositions binaires : langue source / langue cible ; texte original / texte traduit ; littéralisme / traduction libre ; traduction de la lettre/traduction de l’esprit.     Après un bref rappel de la situation antérieure, la réflexion sur la traduction est ici envisagée plus particulièrement par rapport au 20ème siècle. Parallèlement au débat central concernant l’orientation vers la langue source ou la langue cible – débat qui perdure depuis l’Antiquité – de nouvelles perspectives ont vu le jour à la suite d’une évolution à la fois dans l’activité de traduction et dans les positions théoriques. Les courants qui se sont dégagés sont analysés en fonction de leur rapport avec la pratique, la théorie du langage et la façon d’envisager le concept même de théorie. Theory of translation is approached in this paper with special emphasis on the 20th century. The previous situation is briefly recalled to trace back to its origin the prevalent bone of contention: namely, orientation towards the source language or the target language. The large-scale development in both the practice and theory of translation in recent years has opened out new perspectives. These are defined and examined with respect to the relation between practice and theory and between theory of language and theory of translation. Finally the differences that are brought to light are shown to affect the concept of theory itself.D’ailleurs, selon Meschonnic, le bilinguisme n’est pas suffisant pour la traduction et il peut parfois être une «gêne à la traduction», un «facteur de non-traduction. Normalement, on peut distinguer trois théories de la traduction.       

    Mounin parle de six conceptions ou opérations de la traduction:

     1) la théorie de la fidélité, qui conseille pratiquement la traduction “mot à mot” et qui intervient donc au niveau de la phrase; il s’agit ainsi de l’idéologie de la fidélité à la lettre, à la littéralité et à la littérarité, par le « littéralisme »; il y a alors primat de la langue de départ, dans le calque ou l’imitation, dans l’exportation; il y a ici « pur langage » ou « langage opaque »;

     2) la théorie de la compréhension, qui use parfois de la périphrase et qui intervient surtout au niveau du contexte (linguistique et non linguistique), privilégiant ainsi la matière sur la manière, le fond sur la forme, le quoi sur le comment; il s’agit ici de l’idéologie de la compréhension de l’esprit par la médiation d’une «acte de communication», voire de médiatisation (par l’appareillage de notes qui accompagne la traduction); il y a alors primat de la langue d’arrivée dans ou par l’annexion ou d’autres opérations comme : la « confiance entreprenante » (ou la « volonté confiante »), « l’agression » (ou « la pénétration »), « l’incorporation » (ou « l’incarnation ») et « l’accomplissement de réciprocité » (ou « la restitution »); le transport n’y est pas exportation mais importation et croyance à une certaine transparence, voire à une transparence certaine, du langage, serait-ce dans la «dissimilation» plutôt que dans la dissimulation;

     3) la théorie de l’adaptation, qui use de la paraphrase et qui est en fait une démission en face de la traduction, un aveu d’impuissance ou de trahison, surtout quand il s’agit de traduction de la poésie (en vers ou non); il s’agit aussi de l’idéologie de l’adaptation de la lettre à l’esprit et de la soumission de la fidélité à la liberté; dans l’aveu de l’intraductibilité, la traduction n’est alors qu’une introduction.

     On dégage une quatrième théorie de la traduction, la théorie de l’interprétation (philosophique, littéraire, poétique, linguistique et musicale).

     Pour Meschonnic, la traduction est une pratique théorique; c’est une poétique et non une linguistique de la traduction, c’est une translinguistique. Pour lui, toute pratique de la traduction présuppose une théorie ou une idéologie de la traduction. Sa théorie a pour fondement une théorie de l’énonciation, la traduction étant une ré-énonciation : c’est un «empirisme qui peut se transformer en expérimentation».

      Meschonnic suppose que le texte ne vieillit pas, mais la traduction oui; de là, la nécessité de nouvelles traductions ou de retraductions (Shakespeare et Freud, par exemple); Ladmiral parle de la modulation de ses propres traductions.

     Donc, une bonne traduction littéraire ne peut être le résultat de l’application mécanique d’une théorie, quelque cohérente qu’elle soit. La traduction se construit comme résultat d’une série d’options, dont la réussite dépend de l’horizon culturel du traducteur, mais aussi d’une intuition correcte des solutions concrètes. Autrement dit, pour que « la théorie » soit utile et efficace, elle doit être élaborée par le traducteur à la base de sa propre pratique.   

Il faut initier et construire la théorie à partir d’une pratique (qui supposerait un fond de connaissances théoriques).

 
  
BIBLIOGRAPHIE

BERMAN, Antoine, L’épreuve de l’étranger,  Paris,  Gallimard, 2002;

 – Pour une critique des traductions : John Donne, Paris, Gallimard, 1995;

FOLSCHWELLER, Cécile, Niveaux et registres de langues en français, Pygmalion, Piteşti, 2005;

LADMIRAL,  J.-R., Traduire : théorèmes pour la traduction, Paris, Payot 1979;

MAVRODIN, Irina, Despre traducere – literal şi în toate sensurile, Craiova, Scrisul Românesc, 2006;

 MESCHONNIC, H., Pour la Poétique II, Epistémologie de l’écriture, Poétique de la traduction, Paris, Gallimard, 1973;

MOUNIN, G.,  Les problèmes théoriques de la traduction, Paris, Gallimard, 1963;

PÂRVAN, Gabriel, Traductions dirigées (français-roumain; roumain-français), Pygmalion, Piteşti, 1997.

VINAY, J.-P., DARBELNET, P., Stylistique comparée du français et de l’anglais. Méthode de traduction, Didier, 1997.


[1] Ricœur, Paul, La métaphore vivante, Seuil, 1975, p. 103.

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